Une Monnaie pour Paris !

Penser global & Agir local

FAQ & réponses aux sceptiques

Pour répondre aux nombreuses remarques, objections et questions, faites sur les réseaux sociaux, en commentaires ou à nos événements, voici quelques éléments de réponse 😉
Il y a beaucoup de réactions autour de trois idées : on se couperait du monde, il y aurait des problèmes plus importants à régler, ou ce serait inutile de créer une MLCC (monnaie locale complémentaire et citoyenne).
Cette rubrique sera régulièrement enrichie en fonction de vos apports.

Un « isolationisme parisien » ?

  • Non, créer une monnaie locale ce n’est pas souhaiter l’ « isolement » ou « indépendance totale » de Paris : il existe plus de 30 monnaies locales en France, des milliers dans le monde, sans pour autant que les villes ou régions qui en ont ne soient isolées du reste du monde, au contraire ! En effet, une monnaie locale est « complémentaire », c’est-à-dire qu’on peut l’utiliser en même temps que l’euro, il n’y a pas d’exclusion des personnes n’utilisant pas la monnaie locale. 

« Il y a d’autres problèmes plus importants… »

  • Oui, aujourd’hui nous devons faire face à des problèmes comme le chômage, le réchauffement climatique, le suicide des agriculteurs-trices ou les faillites d’entreprises dues à la crise… Hé bien la monnaie locale est un outil qui apporte des solutions pour tous ces problèmes ! Une MLC, bien utilisée, permet, en relocalisant l’activité et en développant de nouvelles TPE-PME, de créer des milliers d’emplois, luttant ainsi contre le chômage. En réduisant les distances entre la production et nous, la MLC permet de réduire la pollution et donc le réchauffement climatique qui met toute notre espèce et notre planète en danger. En soutenant l’agriculture locale, nous pouvons redonner de l’espoir et du sens au travail des agriculteurs-trices et ainsi leur éviter de nombreuses catastrophes et aider les jeunes à s’installer. Enfin, une MLC suffisamment utilisée permet en moyenne d’augmenter de 5% le chiffre d’affaire des petites entreprises (par rapport à celles ne l’utilisant pas), en développant leur réseau économique et une clientèle fidèle, tout en leur assurant une communauté forte pour les soutenir face aux investisseurs, et ainsi de les rendre plus résistantes face à la crise, d’investir localement et de créer de nouveaux emplois… entraînant un cercle vertueux
  • Tout ceci permet donc de prouver que ce n’est pas un projet « inutile », « ridicule », que ce n’est pas du « gaspillage », mais au contraire une excellente et nouvelle solution pour relocaliser l’activité, créer des emplois, développer des entreprises, lutter contre la pollution et redonner du sens à l’échange.

« C’est une usine à gaz », « incompréhensible »

  • À l’heure ou de plus en plus de gens exigent de la transparence et un pouvoir de décision vis à vis de l’économie et de l’utilisation de leur argent, développer une économie où chacun-e prend part aux transitions par le simple fait de consommer ou de participer à la monnaie et à ses prises de décisions est un moyen de reprendre du pouvoir au quotidien sur notre économie, sur nos vies et sur notre avenir. C’est simple et démocratique !

« C’est un retour en arrière », « retour au Moyen-Âge »

  • Quand on parle de monnaies locales, certains esprits bien informés pensent immédiatement au Moyen-Âge, où chaque cité battait ses propres pièces. S’il est vrai que la création historique d’une monnaie d’État permis, à l’époque, de mettre fin à de malheureuses pertes de temps pour les commerçants qui devaient changer leur argent à chaque nouveau lieu, les monnaies locales et complémentaires ne souhaitent absolument pas remplacer la monnaie d’État.
  • En effet, la monnaie locale serait utilisée en complément de l’euro, pour la consommation quotidienne ou les services. Les touristes, entreprises internationales et autres grands voyageurs-ses ne seraient donc absolument pas gêné-e-s dans leurs activités puisqu’il leur suffira d’utiliser l’euro. Néanmoins, utiliser une monnaie locale sera l’assurance pour les parisien-ne-s que l’argent dépensé ne pourra pas sortir de la ville et donc disparaitre dans des paradis fiscaux ou servir à payer des entreprises hors du territoire, entraînant ainsi l’ouverture de nouveaux marchés locaux.

« Ça va coûter cher »

  • Au final, pas tant que cela. La loi oblige les monnaies locales à posséder un « fond de réserve » de 100% de la monnaie en circulation. En d’autres termes, pour 1 unité de monnaie locale (créée par la structure locale), 1 euro doit se trouver sur un fond garanti par une institution bancaire et sera donc réinjecté (pour des projets ESS – économie sociale et solidaire – parisiens) dans l’économie réelle. Au final, l’implantation d’une monnaie locale à Paris pourrait, en théorie, doubler l’argent en circulation dans la ville.
  • Mais gare à l’inflation ! Au vu des autres exemples de monnaies locales existantes, la masse de monnaie « créée » n’est pas assez conséquente pour créer le moindre risque inflationniste, surtout par rapport à un géant comme l’euro. Par ailleurs, à l’heure où les politiques budgétaires se font bien souvent de plus en plus austère, l’utilisation d’une monnaie locale ferait office d’investissement bienvenu pour les entreprises, citoyen-ne-s (au chômage ou en activité) et commerçant-e-s de Paris. Enfin, la monnaie locale étant correspondant uniquement à une production réelle de biens physiques et services, contrairement à la monnaie-dette des banques privées qui se créent par l’endettement, il n’y a pas de bulle pouvant se créer, et l’on peut limiter l’introduction de monnaie si il y a stagnation ponctuelle de la production ou des nouvelles entreprises.

« Bientôt, tout se paiera par carte bancaire »

  • Tout d’abord, et comme beaucoup d’autres monnaies locales, il faut savoir que l’association n’exclue pas de passer à un support numérique de paiement (carte, téléphone ou plateforme internet) si le projet plaît aux parisien-ne-s et est demandé, afin de faciliter les échanges.
  • Pour autant, l’utilisation d’une monnaie papier entretient un rapport quotidien et physique avec ses utilisateurs-trices. Rappelons qu’une monnaie locale cherche avant tout à redonner du sens notre consommation et doit donc être un outil de convivialité au sein de la ville. D’ailleurs, le visuel de la monnaie parisienne ainsi que son nom seront laissés en partie au choix des citoyen-ne-s grâce à un référendum et des consultations régulières afin d’entretenir la prise en main des parisien-ne-s sur leur monnaie

« Ce serait la monnaie d’Anne Hidalgo », « la reine de Paris »

  • À vrai dire, non. Si la Mairie de Paris, notamment avec le groupe de travail du XIème arrondissement, a lancé depuis quelques mois une réflexion sur la viabilité d’une monnaie locale parisienne, c’est avant tout l’association indépendante et apartisane Une monnaie pour Paris ! qui a précipité les choses.
  • Dans l’aventure des monnaies locales, passer par les pouvoirs publiques municipaux est un jour ou l’autre une obligation. En effet, comment parler de projet local, visant à améliorer la vie des citoyens, sans dialoguer avec les institutions ? Pour autant, une monnaie locale n’est pas l’outil d’une municipalité mais bien celui des habitant-e-s. À l’origine du projet, ce sont elles et eux qui réclament un droit de regard et une plus grande transparence sur l’origine et l’éthique de leur consommation, ainsi qu’avoir l’assurance que leurs dépenses servent au bon fonctionnement de la Cité. D’ailleurs, la loi interdit aux municipalités et collectivités territoriales de gérer directement une monnaie locale, qui doit être confiée à une association citoyenne indépendante ou structure de l’ESS.
  • Organisée en structures transparentes, aux AG ouvertes et régulières, l’association qui gérera la monnaie locale parisienne se veut horizontale et citoyenne afin d’assurer aux parisien-ne-s le contrôle de leur monnaie et que celle-ci reste un outil au service des parisien-ne-s.

« C’est une lubie de bobo-écolos qui ne savent pas quoi faire de leur argent »

  • Si le bureau d’Une monnaie pour Paris ! roulait sur l’or, nous en serions heureux-ses car nous pourrions davantage nous consacrer à des projets utiles à la société. Malheureusement, ce n’est pas le cas.
  • Paris est par bien des aspects un cas d’école. La richesse d’une partie de sa population et l’attractivité touristique entraïne par voie de conséquence la montée des prix du quotidien (qu’il s’agisse de magasins de luxe, des loyers ou autres) et l’implantation de grandes chaînes commerçantes, repoussant la pauvreté vers les périphéries. C’est ce modèle que la monnaie locale cherche à combattre. Payer en monnaie locale parisienne est l’assurance pour les habitant-e-s de favoriser une production en circuits courts, écologique et responsable, un modèle bien souvent incompatible avec les plus grosses marques. La nécessité pour les entreprises de se fournir plus localement pour bénéficier des avantages de la monnaie favoriserait ainsi la réouverture d’entreprises, de commerces et de marchés parisien-ne-s, diminuant ainsi le chômage.

« Oui, mais les produits concernés coûtent plus cher »

  • Il est incontestable que se nourrir de produits bios et locaux n’est ni forcément accessible à toutes les bourses, ni intuitif ou aisé selon son lieu d’habitation et ses habitudes.
  • C’est pourquoi l’un des objectifs de notre projet de MLCC (ce qui n’est pas toujours le cas) est d’augmenter l’accessibilité de ces produits et donc le pouvoir d’achat local des parisien-ne-s. Nous procéderions de deux manières. D’une part des partenariats et la négociation avec les entreprises de réductions permanentes sur certains produits de l’ordre de 5 à 10% de par la fidélité apportée par la MLCC ; d’autre part un bonus à l’entrée soit social (etudiant-e-s, précaires, chomeurs-euses-, retraité-e-s, etc.) soit universel, de 5 à 10% permettant d’augmenter le pouvoir d’achat local (exemple : je change 100€ contre 105 MLC).
  • La monnaie parisienne bénéficierait par ailleurs d’une cartographie en ligne, d’un annuaire, d’une application et d’une plateforme internet afin de localiser les commerces et structures acceptant la monnaie locale à proximité, ainsi que mettre en valeur des astuces, boutiques et services parfois invisibilisé-e-es par les grandes marques, bien que moins chers (se fournir en légumes bios, locaux et de saison coûte souvent moins cher en AMAP, circuit courts, qu’en supermarchés classiques).

« Mais Paris produit peu et est très urbanisée, comment va-t-on s’approvisionner en matière première ou nourriture ? »

  • D’après un rapport de la Mairie de Paris, la ville ne possèderait en effet que quelques (3 à 4) jours d’autonomie alimentaire en cas de crise énergétique ou économique majeure. Néanmoins, une part importante de sa richesse est créée intra-muros, notamment grâce au poids des services dans son économie. Qu’il s’agisse de services publics, de bureaux ou de petits commerçants, de musées, librairies et centres de loisirs ou associatifs, ce sont autant d’acteurs de l’activité économique de la ville qui pourraient prétendre rejoindre la monnaie locale (salons de coiffure, garagistes, médecins, cinémas, musées, librairies…).
  • Par ailleurs, comme cela a déjà été fait dans d’autres villes, la monnaie parisienne pourrait fonctionner avec une charte à points. Sur une liste de critères, qu’il s’agisse de la proximité avec Paris, de la consommation d’énergies propres, du nombre d’emplois créés, de critères sociaux, d’engagements écologiques, etc. les entreprises et commerces candidat-e-s à rejoindre la monnaie locale devraient correspondre à un nombre minimum de points, interchangeables, pour être acceptés. Ainsi, une AMAP, de par sa nature écologique, éthique, en circuit court, pourrait continuer d’alimenter les maraichers parisiens avec de la monnaie locale, bien que techniquement située à quelques kilomètres de la capitale. D’ailleurs certains domaines comme l’énergie ou l’agriculture peuvent paraître très éloignés mais des structures comme Énercop’ ou les AMAP permettent de regagner une autonomie alimentaire et énergétique en installant des structures au plus proche de nous. Il est également possible de développer et encourager l’agriculture urbaine qui peut fournir une part de la consommation citadine.

« Je suis commerçant-e, la monnaie locale ne va-t-elle pas me faire de la paperasse en plus ? »

  • Absolument pas, car la monnaie locale a une parité avec l’euro et est reconnue comme moyen de paiement légal équivalent à l’euro aux yeux de l’État et administration fiscale. Ainsi, un commerce au chiffre d’affaire de 1000 euros + 1000 MLC aura un CA de 2000 unités, sur lesquels il déclarera sa TVA, etc. sans aucun changement (avoir dans sa caisse 1000€ et 1000 MLC entraîne une déclaration administrative de 2000€ de valeur). La seule différence sera de posséder un autocollant sur sa vitrine, une adresse dans le réseau publique des utilisateurs de la monnaie, et d’avoir en caisse, d’une part des billets en euros, d’autre part des billets en MLC (il n’y a pas de pièces, ce qui simplifie le compte). Tous les deux ans vous pourrez choisir de renouveler votre partenariat avec la monnaie locale (une simple feuille à remplir). Absolument aucune paperasse, que des bénéfices en terme de visibilité, label, reconnaissance, fidélité, et augmentation potentielle du chiffre d’affaire (4 à 5% avec des MLC suffisamment utilisées).

Non, « on [ne] rétablira [pas] les frontières pour Noël. » (sic)

  • Mais peut-être que moins de gens souffriront l’hiver suivant si nous réussissons ensemble ce pari fou mais grandiose de créer Une monnaie pour Paris ! En aucune manière il ne s’agit de se couper du tourisme ou des migrations, au contraire, les touristes peuvent apprécier le fait d’avoir un outil permettant de découvrir le réel artisanat local au lieu de repartir avec une tour Eiffel fabriquée en Chine.