Rencontre-débat autour des monnaies locales complémentaires avec le Comité 21.

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Le jeudi six octobre s’est tenu, à la direction régionale de la Banque Publique d’Investissement, une rencontre-débat sur le thème des monnaies locales, en présence de :

  • Bettina Laville, Présidente fondatrice du Comité 21
  • Etienne Bachelart, Coordinateur des projets à Une monnaie pour Paris
  • Jean-Philippe Magnen, co-auteur du rapport d’étude sur les monnaies locales complémentaires et les systèmes d’échanges locaux « D’autres monnaies pour une nouvelle prospérité »
  • Andrea Caro, coordinatrice du Mouvement Sol

Après l’introduction de l’événement par Bettina Laville, Jean-Philippe Magnen nous a offert un tour d’horizon des monnaies locales complémentaires en France. Il nous a appris qu’il existe 36 MLC en circulation en France (environ 5 000 dans le monde), et qu’une quarantaine sont actuellement en projet (à noter qu’il y a eu une très forte recrudescence des créations de MLC depuis la sortie du film Demain). Cependant, les échanges effectués grâce à une MLC restent souvent très modestes : la masse monétaire moyenne d’une MLC en France est de 25 000 euros environ. Les échanges basés sur les MLC restent donc très marginaux au regard de l’économie nationale. Cependant, le succès d’une MLC n’est pas uniquement à regarder dans la quantité des échanges qu’elle représente, mais aussi dans la qualité et la solidité des liens qu’elle permet de tisser entre acteurs.

Pourquoi et comment créer une MLC ?

La monnaie a trois fonctions :

  • Assurer l’intermédiation des échanges, et donc pacifier ces échanges.
  • Fixer une unité de compte claire et précise.
  • Créer une réserve de valeur (c’est la fonction d’épargne et d’investissement de la monnaie)

Comme nous l’ont expliqué Etienne et Jean-Philippe Magnen, c’est cette dernière fonction de la monnaie qui pose problème. Aujourd’hui, 97% des échanges mondiaux se font sur le marché spéculatif, ce qui pénalise fortement l’économie réelle. Une MLC est donc une alternative qui se fixe sur la réalité d’un marché local.

Mais au-delà de la lutte contre la spéculation, les MLC peuvent être de puissants outils d’incitation à la transition écologique. Contrairement aux monnaies inter-entreprises (comme le WIR en Suisse) ou aux monnaies dites « affectées » (comme les tickets restaurant), une MLC est créée autour d’un ou plusieurs objectifs précis, ce qui l’amène à se fonder sur une charte. La charte peut se fixer sur n’importe quels principes, mais il s’agit la plupart du temps de valeurs sociales et écologiques. Ce n’est donc pas la monnaie en elle-même qui est le vecteur de transition, mais plutôt l’écosystème autour de la MLC et les valeurs qui sont mises derrière elle.

Pour développer cet outil de la transition il faudra cependant dépasser le cercle des acteurs déjà engagés dans l’écologie. Jean-Philippe Magnen conseille donc d’ouvrir les MLC à de nouveaux domaines : par exemple, dans l’idéal, une MLC doit pouvoir être utilisée dans les transports publics locaux, ou pour payer les services sociaux. De cette façon, les MLC pourraient toucher un public souvent absent des cercles d’acteurs de la transition, mais également pousser les collectivités à s’engager politiquement sur le sujet des monnaies locales.

Une monnaie locale complémentaire doit-elle rester complémentaire ?

Selon les intervenants, une MLC n’a pas vocation à être utilisée par l’intégralité de la population du territoire sur lequel elle s’inscrit. En effet, les recherches sur les évolutions sociales et la transition ont montré qu’une société évolue dès lors que 10% de sa population utilise un nouvel outil. Une MLC peut donc avoir un effet levier pour la transition en restant marginale sur un territoire. D’autre part, pour Jean-Philippe Magnen, les MLC ont vocation à rester complémentaires puisqu’elles ont pour but de pallier aux défauts de la monnaie nationale ou régionale. Si une MLC venait à remplacer la monnaie nationale, elle perdrait automatiquement son statut d’outil vertueux, et finirait par tomber dans les mêmes dérives que la monnaie initiale.

Pour consulter le rapport « D’autres monnaies pour une nouvelle prospérité » : http://www.ladocumentationfrancaise.fr/var/storage/rapports-publics/154000250.pdf

À bientôt pour nos prochains événements !

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